«Nous percevons le monde à travers des idées, des symboles, et à travers les émotions que ceux-ci éveillent et activent en nous.»
«Ces émotions sont intimes et pourtant elles s’inscrivent dans de vastes systèmes idéologiques, des discours et des récits collectifs.»
Table des matières
Balade
Promenade
Avec « Les Rêveries du promeneur solitaire », Rousseau invente, au cours de la dernière période de sa vie, ce que Guilhem Farrugia nomme l’essai-promenade, une forme d’écriture qui mêle récit de promenade, observation de la nature et réflexion philosophique. Il crée ainsi un espace où la marche et le texte se complètent, et où, selon lui, « culmine ce lien fécond entre marcher, penser et écrire » caractéristique de « l’essai dit moderne ». Pourtant, c’est plus que la maturité, sans doute déjà le déclin, tout est infléchi. Le récit, resté inachevé, n’a plus vocation à être publié ni pour fonction de convaincre, il est simple outil de remémoration. La nature n’est plus tout à fait les bois et la campagne originels, les promenades mènent du centre de Paris à ce qui était alors un réseau déjà dense de villages alentours, Gentilly, Charonne, Ménilmontant, Clignancourt, Passy, Chaillot… et les rêveries sont peuplées de hantises paranoïaques. C’est finalement l’éloignement du monde social, contraint ou choisi, qui force à la solitude et ouvre un espace de réflexion intérieur activé par la marche propice à l’illumination comme au ressassement.
Prospection
Flânerie
Déambulation
Dada a proposé des visites « à des endroits choisis, en particulier à ceux qui n’ont vraiment pas de raison d’exister ». A l’inverse, ou peut-être dans une suite logique, les surréalistes font de la déambulation et du principe de hasard une méthode. Déambuler sans but est une action qui libère des impératifs économiques et sociaux, et qui permet de subvertir et de renouveler la perception de la réalité immédiate. Car c’est alors l’inconscient qui guide les observations du marcheur comme il guide ses pas à la rencontre d’images inattendues et d’associations d’idées fortuites. C’est l’un des procédés par lesquels le « hasard objectif » qu’explore André Breton dans « L’Amour fou » peut s’exprimer. Fait de pétrifiantes coïncidences dues à « la rencontre d’une causalité externe et d’une finalité interne », le « hasard objectif » s’offre au guetteur disponible à la rencontre dans l’entrelac infini des rues de la ville. Et comme dans « Nadja », Breton insère des photographies à l’appui de son récit.
Dérive
Exploration
Reconnaissance
Parcours
Photographie
Album
Document
Décor
Série/typologie/topographie
Géométrie
Amateur
Nouvelles topographies
Qu'est-ce qu'une bonne photographie ?
Diffusion / agencement
Lumière
La lumière est l’élément central d’une bonne photographie. Bien sûr, puisque, par définition, toute photographie, photo-graphie, est écriture de lumière, mais ce critère reste inopérant s’il ne qualifie pas la lumière qui produirait ou serait la marque d’une bonne photographie. Là encore, il est probablement sage de s’en tenir au plus simple, surtout lorsqu’il permet de joindre l’utile à l’agréable. De fait, il est plus agréable de se promener quand il fait beau, et par conséquent de faire des photographies quand il fait beau. D’autant que ce n’est pas la caractéristique habituelle des représentations canoniques des paysages du Nord, dont l’humidité ambiante et la grisaille persistante peuvent s’avérer lassantes. Sans en faire une règle absolue, on peut donc retenir le principe que les bonnes photographies sont des photographies ensoleillées, ou en tout cas suffisamment lumineuses pour que la lumière apparaisse comme une condition nécessaire de réalisation de l’image (à cet égard, un appareil peu sensible peut apporter une aide précieuse).
Composition
La base d’une bonne photographie reste la composition : cadrage, règle des tiers, lignes directrices, équilibre des éléments. Par extension, on peut comprendre ce critère comme un impératif de qualité technique minimale. A cet égard, la banque d’images Commons donne une définition de ce qu’est une image de qualité à l’âge de la photographie numérique : elle doit avoir une taille suffisante (au moins 2 Mpx), ne pas contenir une quantité de bruit gênante, être correctement exposée, posséder des couleurs raisonnables, présenter une mise au point adéquate, un éclairage adapté et une composition équilibrée, les retouches doivent être limitées et la distorsion de perspective doit, soit avoir un but, soit être corrigée. Cette dernière condition s’appuie sur le constat que « le cerveau humain est un détecteur sensible capable de repérer même une légère inclinaison » et que « les arbres inclinés, les tours ou les surfaces d’eau penchées améliorent rarement une photographie de paysage. ». Il s’agit donc d’adopter une convention qui rend les images plausibles, non manifestement photographiques, pour produire des images de qualité dont les caractéristiques évoquent fortement un « non-style ».
Narration
Une bonne photographie raconte une histoire. Eric de Chassey a écrit que, chez Walker Evans, « les images restent fermées à toute narration potentielle, en particulier parce que leur composition exclut qu’il puisse exister un hors-champ » (« Les photographies d’architecture victorienne de Walker Evans et l’invention du style documentaire ». Les Cahiers du Musée national d’art moderne, n°92, été 2005, p.82.). Ces images semblent donc aller à l’encontre de cette recommandation, qui ne fait qu’exprimer une opinion généralement admise telle que la comprend notre intelligence artificielle. Toutefois, plus que la perception d’une histoire par le regardeur, ce qui importe au photographe est certainement l’histoire qu’il se raconte à lui-même. Elle est le plus souvent indiscernable pour le spectateur si elle ne lui est pas expliquée, mais c’est bien elle qui justifie l’acte photographique et les opérations qu’il implique (prise de vue, développement, post-traitement, recadrage, sélection, choix du mode de diffusion…). De ce point de vue, toutes les photographies qui atteignent le stade de la diffusion racontent une histoire.